Le choc pétrolier
La crise économique modifie le rapport au travail et à la sécurité de l’emploi.
Le Jouet arrive dans une France qui a changé de climat économique. Le choc pétrolier de 1973 a brisé l’idée d’une croissance continue et le chômage devient un sujet quotidien. Francis Veber place précisément son héros dans cette fragilité : François Perrin est journaliste, mais surtout chômeur au moment où il entre dans l’univers Rambal-Cochet. Le rire naît donc sur un fond social beaucoup moins léger qu’il n’y paraît.
La crise économique modifie le rapport au travail et à la sécurité de l’emploi.
La France entre dans une nouvelle séquence politique et sociale.
Le film de Francis Veber arrive en salles. Le CNC lui attribue une durée de 95 minutes et le visa n°46262.
Le Jouet est le premier long métrage réalisé par Francis Veber. Il est déjà l’un des scénaristes les plus recherchés de la comédie française, mais cette fois il contrôle lui-même le rythme, les silences et la mise en scène. Son principe est simple et presque cruel : prendre une idée absurde — un enfant riche veut acheter un homme — et la jouer dans un monde suffisamment réaliste pour que l’absurde devienne une expérience sociale.
Veber réutilise François Perrin, déjà présent dans plusieurs scénarios de sa galaxie comique. Mais le Perrin du Jouet n’est pas exactement le grand blond lunaire : il est plus conscient du monde qui l’écrase. Sa fantaisie devient une manière de résister.
Perrin accepte l’inacceptable parce que son emploi est précaire. La comédie repose sur cette contrainte.
Son corps, ses hésitations et sa manière de traverser les espaces continuent de produire le rire, mais ici le personnage sait souvent qu’il est humilié.
À mesure qu’il se rapproche d’Éric, Perrin retrouve sa fonction première : regarder, raconter et rendre public ce que le pouvoir voudrait garder privé.

Dans le magasin de jouets, Éric Rambal-Cochet peut choisir ce qu’il veut. Au milieu des rayons, son choix se porte sur François Perrin. Le gag fonctionne parce que personne ne peut immédiatement dire non. Le directeur du magasin dépend du père. Perrin dépend de son emploi. L’enfant, lui, a appris que le désir associé à l’argent ne rencontre pas de limite. En quelques minutes, Veber transforme une fantaisie enfantine en démonstration du pouvoir économique.
Le film pousse ensuite son idée jusqu’à l’image littérale : François est emballé et transporté comme une marchandise. C’est une scène emblématique parce qu’elle retire momentanément au personnage son statut social d’adulte. Il devient un colis. La violence symbolique de la situation est constamment désamorcée par le burlesque de Pierre Richard, mais elle reste visible.
Michel Bouquet joue Rambal-Cochet sans chercher l’effet comique. C’est ce sérieux qui rend le personnage inquiétant. Face à Pierre Richard, il représente l’exact opposé : immobilité contre mouvement, contrôle contre imprévisibilité, pouvoir économique contre liberté personnelle.
Mobile, maladroit, bavard, vulnérable. Il dispose de peu de pouvoir mais conserve une capacité de désordre.
Calme, sec, hiérarchique. Il dirige le journal, les magasins et les hommes avec la même logique de possession.
Le rapprochement historique le mieux documenté conduit à Marcel Dassault. Olivier Père, pour ARTE, décrit Rambal-Cochet comme un patron dont une scène renvoie directement à Dassault : le licenciement de Pignier pour ses mains moites. Dassault réunissait plusieurs formes de pouvoir — industrie aéronautique, politique, presse et même production cinématographique. Le parallèle avec Vincent Bolloré relève d’une lecture contemporaine, non d’une inspiration du scénario de 1976. Il devient intéressant parce qu’il réactive la question posée par le film : que produit la concentration d’un pouvoir économique et médiatique entre les mains d’un grand propriétaire ? En 2024, Vincent Bolloré a été auditionné par une commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée aux fréquences TNT et au fonctionnement de l’audiovisuel privé.
Industriel de l’aéronautique, homme politique et patron de presse, Marcel Dassault incarne dans les années 1970 une concentration de pouvoirs qui éclaire le personnage de Rambal-Cochet. ARTE relie explicitement la scène des « mains moites » à une anecdote concernant Dassault.
Veber ne construit pas seulement un milliardaire autoritaire. Il montre un monde dans lequel chacun anticipe les désirs du patron : rédacteurs, cadres, employés et domestiques finissent par participer eux-mêmes au mécanisme de soumission.
Le rapprochement n’est pas biographique mais structurel : propriété de médias, puissance économique et débat public sur l’indépendance éditoriale. L’audition parlementaire de 2024 fournit au webdocumentaire un document contemporain permettant au visiteur de prolonger lui-même la réflexion.
Le personnage de Pignier, interprété par Gérard Jugnot, permet au film de montrer très tôt que Rambal-Cochet ne se contente pas d’être riche : il peut décider du sort professionnel des autres. Cette violence sociale prépare directement l’acceptation de Perrin lorsqu’on lui demande de devenir le jouet d’Éric. Refuser n’est pas un geste abstrait lorsque l’on vient de voir ce qu’un patron peut faire.
Éric apparaît d’abord comme un enfant capricieux qui considère un adulte comme un jouet. Mais le film déplace progressivement la responsabilité. Le garçon reproduit le monde de son père : si Rambal-Cochet peut acheter des maisons, des entreprises, des journaux et la docilité de ses salariés, pourquoi son fils ne pourrait-il pas acheter François ? Perrin ne va donc pas seulement apprivoiser un enfant. Il va lui montrer qu’une relation humaine ne fonctionne pas comme une transaction.

Perrin propose à Éric de fabriquer leur propre journal. Le titre est évidemment Le Jouet. Le jeu devient alors politique : l’enfant et le journaliste enquêtent sur Rambal-Cochet et rendent visibles ses méthodes. Le personnage que le milliardaire croyait avoir transformé en objet retrouve son métier et retourne l’instrument médiatique contre celui qui possède justement un journal.
Le Jouet ne parle pas seulement d’un homme acheté. Il parle de tous ceux qui finissent par accepter ce que le pouvoir leur demande.Lecture éditoriale STCD Film
Pierre Richard considère aujourd’hui Le Jouet comme son film préféré. Ce choix éclaire le personnage : Perrin reste drôle, mais la comédie est traversée par la peur du chômage, l’humiliation et la question de la dignité. Le Monde replace d’ailleurs ce film dans la veine socialement critique de Pierre Richard, aux côtés du Distrait ou de Je sais rien, mais je dirai tout.
La gestuelle et la maladresse de Richard restent immédiatement reconnaissables.
À la différence de certains héros plus lunaires, Perrin comprend la violence de la situation et doit décider jusqu’où il accepte de jouer.
La relation avec Éric se transforme sans que le film cesse d’être une comédie.
Les archives constituent une couche majeure du futur webdocumentaire. L’INA dispose notamment d’un document consacré au tournage de 1976. Ces témoignages devront être intégrés sous forme de liens, citations courtes ou vidéos lorsque les droits d’intégration le permettent.
Archive consacrée au tournage du film et à Francis Veber.
Pathé conserve la fiche officielle du film, son affiche, sa date de sortie et sa distribution principale.
Le regard critique porté aujourd’hui sur Le Jouet insiste souvent sur sa tonalité aigre-douce. Télérama relève notamment cette manière qu’a le film de laisser un gag s’étirer jusqu’à devenir inconfortable. Le principe est au cœur de la mise en scène de Veber : on rit de Perrin emballé comme un cadeau, tout en comprenant parfaitement ce que cette image dit de sa situation.
Premier film réalisé par Francis Veber.
Le principe du film est repris aux États-Unis dans une adaptation réalisée par Richard Donner avec Richard Pryor.
Une nouvelle variation française réalisée par James Huth avec Jamel Debbouze et Daniel Auteuil.
Pierre Richard cite Le Jouet comme son film préféré, signe de la place particulière qu’il occupe dans sa carrière.
Le Jouet commence comme l’histoire absurde d’un enfant qui achète un homme. Il se termine comme l’histoire d’un père qui découvre que l’affection de son fils est précisément la seule chose que son argent ne peut pas commander.STCD Film