« Jolie poupée »
Bernard Ménez enregistre la chanson qui devient un succès surprise et l'un des refrains associés à son personnage public.
Le documentaire naît d'images vidéo tournées en 1984 par Jacques Rozier pendant la tournée de Bernard Ménez. Sa forme aujourd'hui visible appartient pourtant aussi à une autre époque : le cinéaste supervise une postproduction en 2001, lors de la rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou.
La Cinémathèque française numérise ensuite cet élément en 2021 au laboratoire Hiventy. Cette histoire matérielle fait du film une archive à plusieurs couches : un été saisi sur le vif, un montage repris dix-sept ans plus tard, puis une redécouverte numérique au XXIe siècle.

Bernard Ménez enregistre la chanson qui devient un succès surprise et l'un des refrains associés à son personnage public.
Ménez rejoint la tournée présentée par Michel Drucker, aux côtés notamment de Linda de Suza et Claude Barzotti ; l'école de samba brésilienne clôt le spectacle.
Amusé par le phénomène, Jacques Rozier se glisse partout avec sa caméra vidéo et observe la scène, les coulisses et les réactions du public.
Le film est achevé en 2001, numérisé en 2021 puis proposé sur HENRI en novembre 2022.
Rozier ne traite pas la tournée comme une simple captation musicale. Son sujet se trouve dans les intervalles : l'attente, la fabrication d'un accessoire, la circulation des vedettes, le contact avec la foule, les plaisanteries des danseuses et tout ce qui échappe au programme officiel.
Bernard Ménez se souvenait que le tournage venait entièrement de Rozier et qu'il ignorait ce que le réalisateur voulait faire des images. Cette liberté d'observation rejoint une méthode fondée sur l'improvisation, mais guidée par des directives précises et des reprises.

Le succès de « Jolie poupée » déplace Ménez, acteur associé au comique décalé, vers la scène musicale populaire.
Rozier avait découvert Ménez pour « Du côté d'Orouët ». Le CNC décrit l'acteur comme une figure poéticomique récurrente de son cinéma.
Devant et derrière la scène, Ménez chante, joue, prépare ses accessoires et organise la rencontre avec son public : le film observe autant le travail que le numéro.
Le cœur du film tient dans un renversement : la vedette officielle chante face au public, tandis que les danseuses de samba improvisent en coulisses leur propre commentaire burlesque de « Jolie poupée ». Rozier cadre la coexistence de ces deux spectacles, l'un annoncé, l'autre clandestin.
Rosa-Maria Gomes se détache de ce groupe. Sa présence ne restera pas une parenthèse : elle deviendra Dejanira dans « Maine Océan », prolongeant dans la fiction une rencontre née au sein du documentaire.
La version numérisée par la Cinémathèque française est proposée dans son intégralité sur HENRI.
À première vue, le film documente un épisode minuscule : quinze jours de promotion autour d'un tube. Mais cette échelle modeste révèle tout un écosystème disparu ou transformé — radio itinérante, podium gratuit, vedettes en circulation, foule au plus près de la scène et télévision populaire comme horizon commun.
La valeur contemporaine du film tient aussi à sa place dans l'œuvre de Rozier. Il relie le goût du cinéaste pour les coulisses et l'improvisation à l'invention de « Maine Océan ». Le hasard n'y est pas un accident : il devient une méthode pour faire surgir une fiction future au milieu du réel.
