Une œuvre hybride
Terry Gilliam associe satire politique, comédie noire, romance, science-fiction, fantasy et cauchemar. Cette combinaison empêche de réduire Brazil à un récit dystopique classique.

Dans Brazil, une erreur administrative déclenche une mécanique de persécution. Sam Lowry n’affronte pas une dictature parfaitement ordonnée : il traverse une administration cloisonnée, saturée de formulaires, de conduits et de procédures. Le monde est défaillant dans son fonctionnement quotidien, mais il devient redoutablement efficace lorsqu’il s’agit d’identifier, d’arrêter ou de sanctionner.
Terry Gilliam associe satire politique, comédie noire, romance, science-fiction, fantasy et cauchemar. Cette combinaison empêche de réduire Brazil à un récit dystopique classique.
Les décors mêlent architecture administrative, design industriel, affiches de propagande et références aux années 1930 et 1940. Le film compose ainsi un passé prolongé jusqu’au grotesque.
Le titre renvoie principalement à Aquarela do Brasil, chanson composée par Ary Barroso en 1939. Son motif musical revient dans le film comme une promesse d’ailleurs, en contraste avec un univers froid et oppressant.
L’ambition visuelle du projet s’est heurtée aux exigences de son distributeur américain. La durée, le ton et la fin du film sont devenus les enjeux d’un conflit entre la vision de Gilliam et la logique du studio.
Interprété par Jonathan Pryce, Sam est un fonctionnaire subalterne qui tente d’échapper au système sans le combattre ouvertement. Dans ses rêves, il vole au-dessus des immeubles ; dans sa vie professionnelle, il reste prisonnier des dossiers et des hiérarchies.
Interprétée par Kim Greist, Jill rappelle que les erreurs de procédure ne sont pas abstraites. Elles touchent des corps, des familles et des vies concrètes. Pour Sam, elle représente à la fois une relation amoureuse et la possibilité d’une existence hors classement administratif.
Robert De Niro incarne un réparateur clandestin présenté par l’administration comme un terroriste. Il agit là où Sam rêve seulement de s’évader. Son statut demeure ambigu : technicien indépendant, saboteur ou figure fabriquée par le récit officiel.
Les personnages incarnés notamment par Ian Holm, Bob Hoskins, Michael Palin et Peter Vaughan donnent au pouvoir des visages multiples : carrière, obéissance, compétence technique, hiérarchie et répression peuvent coexister dans une même organisation.
Les tuyaux envahissent bureaux et logements. Ils rendent visible une administration qui circule dans les murs et compromet l’autonomie des espaces privés.
Les écrans informent, distraient et normalisent. Ils ne sont pas les télécrans de 1984, mais ils contribuent eux aussi à imposer un récit officiel au milieu d’une réalité contradictoire.
Une faute de transcription peut faire basculer une personne dans la catégorie du suspect. Le film montre comment une institution peut produire l’injustice sans qu’un responsable unique ait besoin d’être identifié.
Les rêves de Sam introduisent une verticalité absente de son quotidien. Les ailes donnent une forme à la liberté, mais cette liberté reste incertaine : fuite politique, compensation intime ou refuge mental.
Winston Smith travaille au ministère de la Vérité et réécrit les archives. Sam Lowry traite des dossiers dans une administration de l’Information. Tous deux possèdent une connaissance intime du système, mais cette position interne devient un piège.
Dans 1984, le pouvoir cherche à contrôler explicitement la réalité, le passé et la pensée. Dans Brazil, l’administration produit une réalité illisible, puis punit ceux qui ne parviennent pas à s’y conformer.
Orwell décrit l’omniprésence organisée du Parti et des télécrans. Gilliam montre une surveillance moins lisible, répartie entre fichiers, autorisations, contrôles, écrans et services spécialisés.
La novlangue de 1984 réduit volontairement les possibilités de pensée. Le jargon de Brazil ne supprime pas nécessairement les mots : il les noie dans les sigles, les procédures et une apparence de neutralité professionnelle.
Brazil est présenté au Festival de Berlin en février 1985, avant ses sorties européennes.
Le distributeur américain conteste notamment la longueur et la tonalité sombre du montage de Gilliam. Une version raccourcie d’environ 94 minutes, connue sous le titre Love Conquers All, propose une résolution plus conventionnelle.
En décembre, la Los Angeles Film Critics Association récompense le film, Terry Gilliam et son scénario alors que l’exploitation américaine normale n’a pas encore commencé.
Universal finit par distribuer une version américaine plus longue, d’environ 132 minutes. Les différences entre les montages restent essentielles pour comprendre la réception et l’interprétation de la fin.
Le visuel fourni présente une affiche verticale dominée par des tons violets et bleus. Le titre Brazil apparaît en grandes lettres cursives, tandis qu’une silhouette volante se détache devant une architecture composée de cases lumineuses. Les crédits visibles associent notamment Terry Gilliam, Arnon Milchan et les principaux interprètes du film.
Images originales enregistrées avec le Job STCD.
